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L’agriculture régénérative : cultiver la fertilité

il y a 14 heures
4 min de lecture

Il y a quelque temps, j’écoutais une émission radio consacrée à l’agriculture — plus précisément à la manière dont nous la concevions autrefois et comme nous la considérons aujourd’hui.


L’émission m’a alors fait découvrir une définition ancienne qui ne m’a plus lâchée. Dans le Dictionnaire universel d’Antoine Furetière, publié en 1690, l’agriculture est définie comme :



Illustration: Extrait du Dictionnaire universel d’Antoine Furetière, publié en 1690.


Aujourd’hui, la 9e édition du Dictionnaire de l’Académie française de 2024 définit l’agriculture ainsi :



Quel contraste!

Chez Furetière, l’agriculture est un art qui consiste autant à produire qu’à rendre la terre fertile, c-à-d d’en prendre soin et de préserver sa capacité à produire dans la durée. Aujourd’hui, elle s’inscrit dans une logique industrielle et son unique finalité est l’exploitation et la production (le revenu).


Une nuance qui en dit long sur notre rapport à la terre - et dont nous constatons et subissons les conséquences de plus en plus clairement.


En ce sens, l’agriculture régénérative est un retour à l’essentiel - considérer la terre non pas uniquement comme un moyen de production, mais comme un milieu vivant dont il faut prendre soin et préserver la fertilité.


Photo: Pixabay



Régénérer


Régénérer, c’est renforcer les capacités d’un système vivant (il n'y a que les systèmes vivants qui peuvent se régénérer).


L’objectif d’une approche régénérative n’est ni de résoudre tous les problèmes ni d’imposer des solutions, mais de comprendre les dynamiques à l’œuvre, de travailler avec le potentiel existant et de créer les conditions qui permettent au système de se renforcer lui-même.


Régénérer suppose ainsi de passer d’une pensée cartésienne à une approche systémique, adaptée à la complexité des systèmes vivants. Parce qu’ils sont en mouvement permanent, ces systèmes appellent également une approche dynamique : il s’agit de créer les conditions qui leur permettent de développer leurs propres capacités — résilience, vitalité, autonomie — et de continuer à évoluer.


Cette approche est, bien sûr, ancrée dans le territoire, lui-même considéré comme un système vivant, à la fois écologique, social et économique. On ne régénère jamais un système isolément: on contribue à renforcer ses relations, ses interdépendances et sa capacité à évoluer au sein des systèmes plus larges auxquels il appartient.


Tout cela implique aussi de faire évoluer notre propre manière de penser et d’agir. Notre rôle n’est pas de déterminer à l’avance ce que le système doit devenir, mais de comprendre son unicité, ses dynamiques et son potentiel, afin de contribuer à leur réalisation.


Image : Le potentiel de l’agriculture régénérative est considérable. Il ne réside pas uniquement dans la capacité à produire autrement, avec moins d’intrants ou moins d’impact sur l’environnement. Il réside surtout dans sa capacité à renforcer les systèmes vivants dont dépend l’agriculture : les sols, les plantes, les animaux, les agriculteurs.trices, les écosystèmes et, plus largement, les territoires.




Reconnaître la valeur du vivant


Une agriculture est régénérative dans la mesure où elle augmente ou restaure les fonctions écologiques-et socio-économiques dont elle dépend. La fertilité n'est alors pas seulement une propriété chimique du sol, mais le résultat d'un ensemble de fonctions biologiques, physiques et écologiques que l'on sait mesurer.


Tableau : Comment mesurer de manière scientifique si l'agriculture régénérative remplit à nouveau cette fonction fondamentale de rendre et maintenir la terre fertile - et permettre de donner une base solide à l'idée de « régénération » ? Un moyen est de l’évaluer à travers les fonctions et services écosystémiques qu'elle restaure ou renforce. Ces fonctions peuvent être suivies par des indicateurs scientifiques.


La question devient alors : mon activité agricole contribue-t-elle à renforcer les capacités du système dans lequel elle s’inscrit ?


Photo: Pixabay


Une étude récente simulant des situations de production sur 32 ans estime qu’en moyenne près de 50% de la production des principales cultures annuelles en France peut être attribuée aux services écosystémiques (disponibilité en eau, azote issu de l’activité biologique des sols, santé du sol…). Que ce chiffre soit exact ou qu’il constitue un ordre de grandeur, il souligne l’importance de ces services dans la production agricole. L'agriculteur.trice travaille avec un capital naturel qui participe directement à la production.


Reconnaître la valeur de ces services, c’est redonner tout son sens à la fertilité du sol — cette capacité de la terre à produire que Furetière plaçait au cœur même de la définition de l’agriculture.

Reconnaître la valeur de ces services implique de favoriser des pratiques qui renforcent les fonctions naturelles et améliorent la résilience des systèmes agricoles – précisément celles que propose l’agriculture régénérative.




Sources

Duru M, Sarthou J-P, Therond O. (2022) : L’agriculture régénératrice : summum de l’agroécologie ou greenwashing?. Cah. Agric. 31: 17 (article scientifique de synthèse)

M. Dardonville, J. Constantin, O Therond (2026): Ecosystem services provide for half of French agricultural production in annual cropping systems. Ecosystem Services, Volume 80, 2026, 101865 (article scientifique)


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